Igor Antic

Igor Antic

L'œuvre

Remodélisation des montagnes

Remodélisation (définition) :
- Nouvelle élaboration de modèle, représentation d'un phénomène à l'aide d'un système qui possède des propriétés analogues à ce phénomène.
- Nouvelle organisation de la connaissance du monde, ensemble des systèmes culturels.

La Remodélisation des montagnes est une œuvre monumentale. Il s’agit d’un amas de chewing-gums usagés, en forme de pyramide. Il y en a environ 100.000. Ils laissent apparaître de nombreuses phrases, réalisées dans ce même matériau et disposées sur toute la forme. Chaque phrase met en lumière un commentaire, une réflexion sur certaines idées progressistes, faussement révolutionnaires et moralisatrices, établies au cours de l’histoire de l’humanité, notamment dans le domaine de l’art et de la culture. Mes pensées « inversées » sont écrites en français. Penser de façon « inversée » paraît complètement inadéquat dans notre monde où l'on veut des percées créatives et inédites. Une « pensée inversée » signifie ici marcher en arrière, dans le sens figuré, esthétique, formel, mental et idéologique. Rétrograder, revenir en arrière veut dire d'habitude retourner à un état plus médiocre ou moins développé. Or pour moi cela signifie : identifier les problèmes. Les chercheurs ont déjà constaté que marcher en arrière aiguise les pensées, améliore le contrôle cognitif et fait accélérer les sens. Je veux utiliser cette méthode afin de me pencher sur ce qui constitue, à ce jour, les sommets ou les montagnes de notre civilisation dite « développée ».

Mâcher un chewing-gum et le recracher est considéré comme un geste non civilisé, contemporain mais sauvage. Un chewing-gum, produit mi-naturel, mi-chimique (qui contient, entre autres, des élastomères, des cires, des résines etc.) est considéré par beaucoup comme « nuisance non dégradable ». La quantité de chewing-gums recrachés par terre tous les jours dans le monde correspondrait à la taille d’une montagne. Leur mastication provoque des petits bruits insupportables pour certains. Leur crachat est sévèrement sanctionné dans quelques pays où il nuit à l’image et à la culture de la propreté. Ainsi, un chewing-gum est devenu le symbole de la grossièreté et du déchet difficile à recycler. Or, pour beaucoup il représente un moyen de plaisir, d’hygiène buccale, voire un emblème d’une certaine culture de vie décontractée. Pour ma part, je souhaite le réutiliser comme un moyen de traduction et de reformulation de nos pensées. Les gommes à mâcher ramassent de notre bouche tous les non-dits et nous les rendent bruts. Mon travail avec le chewing-gum s’inscrit également dans le concept de l’esthétique des moyens disponibles. Réalisé in situ, il prend en considération les contraintes de la ville universitaire de Louvain-la-Neuve. Les étudiants peuvent y ajouter leurs propres chewing-gums et inventer des phrases à volonté.

Tout au long du processus de travail, je prendrai des notes et je créerai une base de données comprenant des images, vidéos, documents, dessins, maquettes et textes pertinents en lien avec mes observations. Les artefacts ainsi rassemblés pourront servir de « grille de lecture » du projet et être montrés à part, dans le cadre de la Biennale. Mettant en opposition des logiques différentes, ils pourront, je l’espère, remettre en question certains codes sociaux, aujourd’hui dominants.

L'artiste

Igor Antic

Né en 1962 à Novi Sad, Serbie. Vit et travaille à Paris.

Les œuvres d’art d’Igor Antić aspirent à explorer et mettre en évidence les forces économiques et politiques fonctionnant dans un contexte donné. Il crée des images, des objets et des situations comme “grilles de lecture” à travers lesquelles émerge le contexte social et culturel du site choisi. Ce procédé soulève de nombreuses questions liées aux conditions de la production d’art, et de sa mise en circulation en général.

Igor Antić est né à Novi Sad, Serbie, en 1962. Il vit à Paris. Après avoir diplôme à l’Académie des Beaux-arts de Novi Sad, il poursuit ses études à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts et à l’Institut des Hautes Études en Arts Plastiques à Paris. En 1995, pendant la guerre en ex- Yougoslavie, il crée le Centre de Rencontres « Pokret » à Novi Sad. En 2000, il obtient la bourse de la Fondation Pollock – Krasner de New York. En 2004, il devient le commissaire de la 11e Biennale des arts visuels « Valeurs » à Pancevo, Serbie.